Cardiogramme
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Technique d’anesthésie

Le retentissement cardiaque du clampage et les importantes variations de volume nécessitent un monitorage complexe [163].

  • Artère radiale droite (impératif, car la sous-clavière gauche peut être prise dans le clampage proximal): elle mesure le régime de pression entretenu par le VG en amont du clampage; manchette à pression et saturomètre sont placés au bras gauche.
  • Artère fémorale: elle mesure la pression de perfusion entretenue en dessous du clampage par le circuit de CEC partielle.
  • Cathéter pulmonaire de Swan-Ganz: PVC, PAPO, débit cardiaque, résistances artérielles périphériques, SvO2.
  • ETO: évaluation de l’aorte descendante, fonction ventriculaire gauche et droite, surveillance de la volémie et de l’ischémie, détection d’une dilatation ventriculaire sur excès de postcharge, d’un épanchement péricardique ou pleural droit (controlatéral).
  • Potentiels évoqués sensitifs (PES): ils sont sensibles à l’ischémie, mais ils explorent la colonne postérieure; une paraplégie (lésion de la colonne antérieure) peut survenir à leur insu; l’appareillage est encombrant; l’hypothermie et les halogénés en altèrent la lecture (Figure 18.42) [148]. La sensibilité est modeste (62%), la valeur prédictive positive faible mais la valeur prédictive négative excellente (> 98%) [1].
  • Potentiels évoqués moteurs (PEM): monitorage de la colonne antérieure; la sensibilité est faible mais la spécificité est de 100% et la valeur prédictive négative excellente [72]; la curarisation est contre-indiquée; les agents d’anesthésie interfèrent avec la lecture.
  • Pression du LCR (cathéter intradure-mérien lombaire) et calcul de la pression de perfusion médullaire (PPm = PAMdist – PLCR).

La mise en place du drainage de LCR est réalisée avant d’endormir le malade : ponction lombaire L3-L4 ou L4-L5 avec une aiguille Tuohy 14G et introduction d’un cathéter de type péridural 16-17G en position sous-durale sur environ 10 cm ; le cathéter est retiré graduellement en cas de paresthésies. Le cathéter est relié par un robinet 3-voies à un capteur de pression et à un système de drainage par gravité. Le remplissage du système est assuré par le LCR, mais on évite toute fuite externe qui décomprimerait prématurément le système nerveux central. Il est prudent de ne pas connecter au capteur un système de rinçage par flush pour éviter tout risque de surpression accidentelle ; le système n’est pas hépariné et n’est jamais rincé. On prélève du LCR par aliquot de 20 mL pour maintenir la pression à 10-12 mmHg, sans dépasser un débit maximal de 20 mL/heure [79]. Le niveau du capteur de pression est établi à celui de l’OD.

Faut-il renvoyer l’intervention en cas de ponction hémorragique ? Si l’on admet que l’hémorragie intrarachidienne se tarit spontanément chez un individu dont la coagulation est normale, il est possible d’opérer après une deuxième ponction à un autre étage. L’héparinisation a lieu après un délai de plus de 2 heures, et l’utilisation de circuits héparinés autorise un dosage d’héparine de seulement 100 UI/kg, le même qu’en chirurgie vasculaire majeure. Mais la ponction est pratiquée avec une aiguille de grande taille, donc la lésion est potentiellement plus importante que dans les situations habituelles. D’autre part, l’opération s’accompagne de variations de pression intrarachidienne (élévation de la pression veineuse, drainage de LCR) qui peuvent favoriser une hémorragie secondaire. En l’absence de données chiffrées propres à cette situation, il est probablement prudent de renvoyer l’intervention en cas de ponction hémorragique lorsque la chirurgie est purement élective [244]. Toutefois, une menace de rupture anévrysmale peut forcer la main.

Comme il faut rétracter complètement le poumon gauche, il est important de pouvoir assurer une ventilation monopulmonaire au moyen d’un tube à deux lumières (intubation bronchique gauche). Il est judicieux de placer le tube 2-lumières sous contrôle visuel direct par fibroscopie: un volumineux anévrisme peut comprimer la bronche souche gauche ou la carène et rendre l’intubation sélective gauche difficile, voire impossible. Si tel est le cas, il ne faut ni forcer ni insister; on change de technique et on utilise un tube monolumière avec bloqueur bronchique (Univent®) ou un tube 2-lumières droit, de manière à assurer le collapsus du poumon gauche. A la fin de l’opération, il est habituellement nécessaire de transtuber le patient avant de se rendre aux soins intensifs. L’intervention est fréquemment associée à un oedème de la face et de la glotte à cause du clampage aortique et de la stase veineuse. Il faut donc être très prudent, procéder à une laryngoscopie pour évaluer la situation locale avant de transtuber, et de préférence échanger de tube sur un long mandrin.

L’accès à l’aorte descendante se fait par thoracotomie postéro-latérale gauche (4ème-6ème espace intercostal), éventuellement prolongée en oblique sur l’abdomen (abord de l’aorte rétropéritonéale gauche par phréno-lombotomie). Le malade est installé en décubitus latéral droit partiel: le bras gauche est positionné comme pour une thoracotomie gauche classique, le thorax est tourné de 90° environ, la fesse gauche est surélevée (bassin incliné à 45°), les jambes sont en position neutre. Le chirurgien a ainsi accès au thorax et au pli inguinal gauche pour la canulation de CEC partielle. Les zones d’appui sont généreusement rembourrées.

L’anesthésiste doit être prêt à faire face à plusieurs problèmes peropératoires:

  • Hémorragie (artères intercostales, viscère, sutures d’anastomoses) ;
  • Perturbation de la coagulation (dysfonction plaquettaire, polytransfusions, fibrinolyse, ischémie digestive, endotoxémie) ;
  • Dépression de la contractilité myocardique (dilatation du VG, excès de postcharge) ;
  • Ischémie myocardique et arythmies ;
  • Acidose métabolique (ischémie viscérale) ;
  • Vasoplégie.

La dilatation ventriculaire accompagnée d’une baisse brusque de la fraction d’éjection et de la vélocité de raccourcissement de paroi est une complication du clampage aortique qui est bien mise en évidence par l’ETO, bien plus performant que la Swan-Ganz pour ce monitorage. Sur le cathéter pulmonaire, l’apparition d’une onde «v» importante est pathognomonique mais tardive. Hormis la défaillance du VG, seule une augmentation simultanée et massive des résistances périphériques dans les deux circuits justifie la mise en route d’une perfusion de vasodilatateur. Le contrôle routinier de la pression est assuré par le réglage de la précharge au moyen du réservoir veineux de la CEC partielle (Tableau 18.5). D’une manière générale, il faut viser des valeurs de pression artérielle de 70 mmHg au-dessus du clamp et de 60 mmHg au-dessous. L’hypotension systémique est une des causes principales des séquelles neurologiques.

An cas de poussée hypertensive, la première mesure est de stocker du volume dans le réservoir veineux de la CEC en l’abaissant et en ouvrant le retour. Si cela ne suffit pas (ce qui est rare) et/ou que surviennent des signe d’ischémie myocardique, une perfusion de nitroglycérine est mise en route. On ne devrait jamais utiliser de nitroprussiate. Une poussée hypertensive dans le circuit de la CEC en-dessous du clampage se maîtrise en baissant momentanément le débit de la pompe. En cas d’hypotension en amont, le premier geste est de freiner le retour veineux dans le réservoir de la CEC, ce qui augmente la précharge du coeur. Lors d’hypotension en aval, on augmente le débit de la pompe, au besoin en y rajoutant du perfusat. L’administration de vasoconstricteur est une mesure de deuxième recours. Si la pression de perfusion médullaire baisse en dessous de 40 mmHg ou que la pression du LCR dépasse 15 mmHg, on draine du LCR par le cathéter intrathécal à raison d’aliquots de 20 ml jusqu’à normalisation (< 12 mmHg); il faut veiller à ce que la pression de la CEC soit normale (PAM ≥ 60 mmHg) pendant ce temps. Le but est de maintenir une pression de perfusion médullaire d’au moins 50 mmHg et une PLCR de 10-12 mmHg [79].

La surveillance régulière de la SvO2 dans la canule veineuse de la CEC et dans le cathéter pulmonaire permet de déceler assez tôt l’installation d’une acidose métabolique secondaire à l’ischémie viscérale. Avant le déclampage. l’anesthésiste doit se préparer à affronter une hypotension sévère. Pour ce faire, il doit avoir du volume de perfusion à disposition: poches de sang contrôlées et réchauffées, PFC dégelés, colloïde (Voluven®), cristalloïdes, le tout déjà branché sur des voies veineuses de gros calibre. Momentanément, la FiO2 du ventilateur est réglée à 1.0.

La technique d’anesthésie la plus courante est une combinaison de fentanyl et d’isoflurane, de sevoflurane ou de propofol. Alors que l’isoflurane est un vasodilatateur artériolaire, le propofol baisse essentiellement la précharge; ceci peut compliquer le prise en charge peropératoire de la volémie. Le vaporisateur du ventilateur et celui de la CEC doivent afficher la même concentration inspirée de gaz halogéné, sans quoi celui-ci entre par un circuit et ressort par l’autre. L’anesthésie combinée avec une péridurale est formellement contre-indiquée dans ce type d’intervention: toute adjonction de volume dans l’espace péridural très peu compliant peut induire une dangereuse augmentation de pression et diminuer d’autant la perfusion médullaire déjà compromise. De plus, l’appréciation du status neurologique per- ou post-opératoire est impossible.

Comme dans la chirurgie de la crosse, le maintien d’une stricte normoglycémie est impératif. En cas d’acidose métabolique sévère (ischémie digestive), l’addition de bicarbonate s’impose (Tableau 18.6).

 

Anesthésie pour la chirurgie de l’aorte descendante
Prise en charge hémodynamique lors de CEC partielle fémoro-fémorale avec clampage aortique :
- PAM proximale : 70 mmHg ;
- CEC : ≥ 2 L/min, PAM 60 mmHg ;
- Pression LCR < 12 mmHg ;
- Régler l’hémodynamique en modifiant la précharge par ouverture/fermeture du retour
veineux vers le réservoir de la CEC.
Anesthésie:
- Isoflurane/sevoflurane ou propofol, fentanyl/sufentanil ;
- Tube 2-lumières (thoracotomie gauche + phréno-lombotomie d’étendue variable) ;
- Ventilation pulmonaire continue pendant la CEC (Fi halogéné identique sur CEC) ;
- Drainage de LCR par cathéter sous-dural 16G lombaire (L2-L3 ou L3-L4) mis en place
avant l’induction ;
- Pas de péridurale.
Monitorage :
- Cathéter artériel fémoral + radial droit ;
- Cathéter pulmonaire de Swan-Ganz ;
- ETO ;
- Pression LCR (cathéter lombaire) ;
- (Potentiels évoqués sensitifs / moteurs).
Post-CEC :
- Paraplégie ;
- Insuffisance rénale, nécrose digestive ;
- Vasoplégie (RAS basses) ;
- Hémorragie (coagulopathie) ;
- Insuffisance VG.

 

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