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Syndrome d'épuisement professionnel

Le burnout

Le stress constant éprouvé dans un bloc opératoire pendant de nombreuses années peut conduire à un état d’épuisement professionnel. Ce syndrome décrit un tarissement progressif des ressources de l’individu, lié à une relation d’aide qui ne fournit plus la gratification que l’individu en attend [8,26]. Le terme de burnout, emprunté à l’argot de la drogue, a été utilisé pour décrire la fatigue et la frustration ressenties par des personnes travaillant comme volontaires dans des cliniques dédiées à des marginaux et à des drogués [26]. Par définition, cet épuisement survient chez des gens normaux qui s’investissent passionnément dans un travail de prise en charge des autres sans en apercevoir le déséquilibre relationnel, et qui perdent progressivement leur énergie et leur motivation dans des situations excessivement harassantes. Son intensité est liée à l’écart que ressent le sujet entre ses exigences face à la demande et ses capacités à y répondre, sans qu’on puisse en définir une échelle objective. L’importance démesurée accordée actuellement à la performance et au succès à court terme impose à chacun des attentes excessives par rapport à ses capacités. En médecine, le souci d’une disponibilité permanente entretient le sentiment d’être indispensable [7]. Le burnout se différencie de la dépression par le souci de relever les défis coûte que coûte, car être à-bout ne colle pas avec l’idée que l’individu se fait de lui-même, alors le dépressif abandonne face à la tâche. Ce concept a été ultérieurement systématisé en trois composantes distinctes par Maslach [50] :

  • Epuisement émotionnel, caractérisé par une absence d’énergie, une lassitude et une irritabilité chroniques.
  • Dépersonnalisation, qui est une perte d’affectivité voisine du cynisme, aboutissant à voir les patients comme des objets.
  • Manque d’accomplissement personnel, ou perte d’estime de soi, traduite par des sentiments d’incompétence, d’inefficacité et d’inutilité.

L’épuisement émotionnel, noyau initial du syndrome de burnout, en est toujours l’élément prédominant; il est directement lié à la surcharge des demandes qui pèsent sur l’individu et à son impossibilité d’y répondre ou de contrôler efficacement son travail ; cette perte d’autonomie s’accompagne d’un sentiment de frustration et de culpabilité, car le soignant ne peut plus accorder aux autres l’énergie qu’il estime leur devoir. La dépersonnalisation est plutôt liée à l’insuffisance des ressources, et aux difficultés relationnelles entre collègues ou avec des patients non compliants ; elle est souvent considérée comme une réaction à l’épuisement («réponse aux autres») sous forme d’une stratégie de repli protecteur dans une froideur détachée de toute relation personnelle avec les patients [8]. Ce comportement est renforcé par l’image d’un maintien stoïque et distant que le thérapeute veut donner de lui-même, et par la nécessité d’atténuer le risque de compromettre l’efficacité thérapeutique par la pitié ou l’angoisse. La troisième composante du syndrome est la perte d’accomplissement personnel due au sentiment d’absence de gratification («réponse pour soi») . En effet, le sentiment d’être performant et utile protège l’image que le soignant a de lui-même face à la surcharge des demandes et à la difficulté des relations ; lorsqu’il est perdu, l’effet-tampon ne fonctionne plus, et la mésestime de soi vient renforcer le sentiment de lassitude.

Les deux premières composantes sont fortement reliées entre elles, alors que le troisième élément peut évoluer de manière assez indépendante : les médecins affichent typiquement des scores très sérieux pour l’épuisement émotionnel (jusqu’à 58%) et moyens pour la dépersonnalisation (environ 35%), alors que leur sentiment d’accomplissement personnel reste satisfaisant car, même épuisés, ils sont fiers de ce qu’ils font. Toutefois, les services de soutien affichent des scores d’accomplissement personnel nettement inférieurs à ceux des services de soins cliniques. En effet, ils souffrent de ne pas ressentir la gratification offerte par la guérison des malades qu’ils ont traités, puisqu’ils n’ont pas d’activité thérapeutique directe et qu’ils ne voient les malades en-dehors du bloc opératoire ou du service de radiologie [58]. En milieu infirmier, où l’incidence du burnout est sensiblement plus élevée, la perte du sentiment d’accomplissement personnel et de l’estime de soi sont en général au même niveau que les deux premières composantes. S’échapper de la sphère des soins pour se cantonner dans la gestion n’offre aucun refuge, car l’existence conserve son caractère unidimensionnel : plus de la moitié des chefs de service d’anesthésiologie souffrent de burnout (score élevé chez 28% et modéré chez 31% d’entre eux) [16] ; les principaux facteurs incriminés sont le manque de satisfaction professionnelle et l’absence de support au travail et en famille.

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